Un réseau de chauffage bien isolé sur ses tronçons, mais truffé de vannes et de filtres nus, c’est un peu comme une veste sans fermeture éclair : l’essentiel est là, mais les pertes restent importantes.
La fiche BAT-TH-155 cible précisément ces zones oubliées, où les déperditions thermiques peuvent atteindre l’équivalent d’un mètre de tuyauterie non isolée pour une seule vanne DN50 à 70°C.
Qu’est-ce que la fiche BAT-TH-155?
La fiche BAT-TH-155 est une fiche standardisée du dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE). Elle encadre les opérations d’isolation thermique des points singuliers d’un réseau de chauffage dans les bâtiments tertiaires existants.
Son objectif : valoriser financièrement les travaux de pose de housses isolantes sur des équipements qui, jusqu’ici, rayonnaient leur chaleur dans la chaufferie ou le local technique sans que personne ne s’en préoccupe.
Dans le dispositif CEE, chaque fiche standardisée correspond à une opération type. BAT-TH-155 appartient à la catégorie « Bâtiment – Thermique« , aux côtés de fiches comme BAT-TH-146 qui traite, elle, des tronçons linéaires. Les deux fiches fonctionnent en tandem mais ne se substituent pas l’une à l’autre.
Concrètement, cette fiche permet à un exploitant tertiaire – gestionnaire d’hôtel, directeur technique d’une clinique, responsable de site bureau – de faire financer une partie des travaux par les obligés CEE (fournisseurs d’énergie), en échange des économies d’énergie générées.
Points singuliers concernés : ce que couvre réellement la fiche

La fiche BAT-TH-155 dresse une liste précise des équipements éligibles. Voici ce qui entre dans le périmètre :
- Vannes et robinets
- Réducteurs de pression
- Clapets
- Filtres et séparateurs
- Compteurs et organes de mesure
- Détendeurs
- Manchettes de raccordement
- Purgeurs
- Pompes
- Échangeurs à plaques (traités comme un point singulier à part entière)
En revanche, certains équipements sont explicitement exclus du périmètre :
- Coudes et courbes de tuyauterie
- Soudures et raccords
- Tuyauteries (couvertes par BAT-TH-146)
- Tout point singulier situé sur un circuit de condensats ouverts
Le piège classique à éviter : les manchons isolants. Un manchon n’est pas une housse au sens de la fiche. Ce sont deux produits distincts, avec des modes de pose différents.
Présenter des manchons lors d’un contrôle ou d’un dépôt de dossier peut entraîner un rejet immédiat de l’opération.
La confusion est fréquente sur le terrain, notamment chez les installateurs qui travaillent habituellement sur du résidentiel.
Quelles sont les spécificités techniques de la BAT-TH-155?
La fiche fixe des exigences précises sur la housse isolante. Ce n’est pas n’importe quel produit du rayon isolation qui peut prétendre à cette fiche.
La résistance thermique minimale dépend de la température de service du réseau :
| Température moyenne du fluide | Résistance thermique minimale |
|---|---|
| 50°C | ≥ 1,5 m².K/W |
| 100°C | ≥ 1,0 m².K/W |
La housse doit être souple, démontable et équipée d’un système de fermeture.
Cette exigence de démontabilité est logique : une vanne doit pouvoir être actionnée ou remplacée sans déconstruire l’isolation. La housse rigide collée n’est pas conforme.
Le matériau isolant doit être à base de laine minérale conforme à la norme NF EN 14303. La température maximale de service admissible doit dépasser 200°C, ce qui garantit la tenue dans les réseaux haute température.
Une housse qui fond ou se dégrade à 180°C ne remplit pas les conditions réglementaires. Sur le plan thermique, l’objectif affiché est une réduction des déperditions pouvant atteindre 80 % sur les points traités.
C’est cohérent avec les ordres de grandeur mesurés : une vanne non isolée peut perdre autant de chaleur qu’un mètre entier de tuyauterie nue.
Conditions d’éligibilité à respecter avant d’engager l’opération

Avant de commander les housses et de signer le devis, vérifiez que votre situation coche tous les critères. Un dossier monté sur un bâtiment non éligible ne donnera aucun CEE, et les frais engagés seront perdus.
- Le bâtiment doit être tertiaire et existant depuis plus de deux ans à la date d’engagement de l’opération (signature du devis ou du bon de commande). Une construction neuve est hors périmètre, quelles que soient les circonstances.
- L’opération n’est pas cumulable avec la fiche RES-CH-103, qui cible elle aussi des travaux sur réseaux de chaleur. Si vous avez déjà mobilisé RES-CH-103 sur la même installation, BAT-TH-155 ne peut pas s’y ajouter.
- Les sous-stations de réseau de chaleur urbain sont exclues du champ de la fiche.
- Les installations classées au titre de l’article L.229-5 du code de l’environnement – c’est-à-dire les chaufferies industrielles contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre – ne sont pas non plus éligibles.
Ces deux dernières exclusions concernent surtout les sites avec une chaufferie de forte puissance raccordée à un réseau de chaleur ou à un process industriel.
Pour un hôtel, une clinique ou un immeuble de bureaux classique, elles ne posent généralement pas de problème.
Comment se calcule le montant des CEE en kWh cumac?
Le volume de CEE généré par une opération BAT-TH-155 s’exprime en kilowattheures cumulés et actualisés (kWh cumac). La formule de base est la suivante :
kWh cumac = Coefficient par housse × Nombre de points isolés × Facteur correctif sectoriel
Le coefficient par housse varie selon deux paramètres : la zone climatique du bâtiment (H1, H2 ou H3) et le type d’équipement traité – un échangeur à plaques n’a pas le même barème qu’une vanne standard.
La zone climatique reflète la durée et l’intensité de la saison de chauffe : un réseau en zone H1 (nord de la France, montagne) fonctionnera plus longtemps à pleine charge qu’un réseau en zone H3 (littoral méditerranéen).
Le facteur correctif sectoriel ajuste le calcul selon le profil d’usage du bâtiment.
Un hôtel, un établissement de santé et un immeuble de bureaux n’ont pas les mêmes horaires de chauffage ni les mêmes besoins annuels. Ce coefficient peut faire varier significativement le total final.
Exemple concret : un hôtel en zone H2 avec 25 vannes et robinets isolés, plus deux échangeurs à plaques, pourrait générer plusieurs centaines de milliers de kWh cumac selon les barèmes en vigueur.
Traduit en valeur monétaire au prix du marché CEE (variable selon les périodes), cela peut représenter plusieurs milliers d’euros de prime – de quoi couvrir une part substantielle de l’investissement en housses.
BAT-TH-155 et BAT-TH-146 : deux fiches complémentaires, pas interchangeables

La confusion entre ces deux fiches revient régulièrement, et elle peut coûter cher si elle conduit à déposer le mauvais dossier.
BAT-TH-146 s’applique aux tronçons linéaires d’un réseau de chauffage ou d’eau chaude sanitaire en tertiaire – autrement dit, aux mètres de tuyauterie droite à isoler.
Le calcul se fait en mètres linéaires. BAT-TH-155 prend le relais sur tout ce qui interrompt la continuité de la tuyauterie : les équipements ponctuels, les organes de régulation, les appareils de mesure.
Une stratégie d’isolation complète d’un réseau tertiaire mobilise les deux fiches simultanément. On isole d’abord les tronçons (BAT-TH-146), puis on traite les points singuliers (BAT-TH-155).
Les deux opérations peuvent être réalisées dans le même chantier, par le même installateur, et donner lieu à deux dossiers CEE distincts déposés en parallèle. Il n’y a pas d’exclusion entre elles.
Sur un réseau de chauffage d’une clinique, par exemple, on peut avoir 200 mètres de tuyauterie éligibles à BAT-TH-146 et 40 points singuliers éligibles à BAT-TH-155.
Traiter les deux génère un volume de CEE sensiblement plus élevé que si l’on s’arrêtait à la tuyauterie seule.
Ce que l’ADEME et le cadre réglementaire prévoient pour cette opération
Le dispositif CEE est piloté par le ministère chargé de l’Énergie, avec l’appui technique de l’ADEME pour la validation et la communication sur les fiches standardisées.
Les fiches elles-mêmes sont publiées au Journal officiel sous forme d’arrêtés.
Pour monter un dossier BAT-TH-155 recevable, vous devez réunir plusieurs documents :
- La fiche d’opération standardisée remplie et signée
- L’attestation sur l’honneur du bénéficiaire confirmant les caractéristiques de l’opération
- Le devis signé avant le début des travaux (c’est la date d’engagement)
- La facture de l’installateur avec le détail des équipements posés
- Les fiches techniques des housses installées, mentionnant la conformité NF EN 14303 et les valeurs de résistance thermique
Le point de vigilance le plus fréquent lors des contrôles : l’absence de fiche technique produit ou une fiche technique qui ne mentionne pas explicitement la résistance thermique aux températures requises.
Sans cette donnée, le dossier est incomplet et peut être rejeté ou mis en attente.
Autre point cash à retenir : les travaux ne doivent pas commencer avant la date d’engagement. C’est une règle non négociable du dispositif CEE.
Un installateur qui pose les housses avant la signature du devis rend l’opération inéligible, quelle que soit la qualité technique du chantier.
Une vanne isolée, c’est de l’énergie qui reste dans le réseau plutôt que dans l’air de la chaufferie.
La fiche BAT-TH-155 transforme ce geste technique évident en valeur financière – à condition de respecter chaque détail du cadre réglementaire, du premier devis à la dernière fiche technique.