À Carnières, le chantier de rénovation de la rue de Collarmont est abandonné avant même d’avoir commencé

A Carnières, le chantier de rénovation de la rue de Collarmont tombe à l'eau

Un projet voté, puis stoppé net

La commune de Morlanwelz avait pourtant mis les formes. Le projet de rénovation de la rue de Collarmont, à Carnières, avait franchi les étapes réglementaires habituelles : étude préalable, mise en soumission, approbation par le collège communal. Sur le papier, tout semblait en ordre pour que les travaux démarrent dans des délais raisonnables. C’est finalement le conseil communal qui a entériné l’abandon du dossier au cours de l’été 2026, après que plusieurs obstacles ont rendu le projet non viable dans sa forme actuelle.

La décision n’est pas venue d’une seule délibération tranchée, mais d’un enchaînement de constats négatifs accumulés depuis le début de l’année. Selon les informations relayées par Antenne Centre début septembre 2026 et confirmées par La DH dès le 24 août, la majorité MR-Engagés qui dirige Morlanwelz a préféré stopper le processus plutôt que de s’engager sur un chantier dont les conditions d’exécution restaient floues.

Ce qui a fait capoter le dossier

Le nœud du problème tient à l’égouttage. La rue de Collarmont cumule un réseau souterrain vieillissant et des problèmes d’évacuation des eaux qui auraient dû être traités conjointement avec la réfection de la voirie. Or, coordonner travaux de voirie et réseaux de canalisation sous chaussée exige un phasage précis et, surtout, un accord ferme entre la commune, le gestionnaire de réseau d’assainissement et l’adjudicataire retenu.

C’est sur ce point que le dossier s’est grippé. L’entreprise adjudicataire et la commune n’ont pas trouvé de terrain d’entente sur les conditions techniques et financières liées à la partie égouttage. Faute d’un accord, le contrat n’a pas pu être signé, et la commune s’est retrouvée dans une impasse juridique : relancer une nouvelle procédure de marché public prend du temps et engage des frais d’études supplémentaires.

Le volet financement a également pesé dans la balance. En Wallonie, les chantiers combinant voirie communale et assainissement peuvent bénéficier de subsides régionaux via les programmes d’investissement communaux, à condition de respecter des critères de priorité et des délais de dépôt stricts. Pour la rue de Collarmont, l’enveloppe espérée n’a pas été confirmée dans les délais utiles, fragilisant l’équilibre budgétaire de l’opération.

Les riverains de la rue de Collarmont face à l’incertitude

Pour les habitants de la rue, l’annonce de l’abandon n’a pas vraiment surpris — mais elle reste difficile à avaler. La voirie est dégradée depuis plusieurs années : chaussée défoncée par endroits, trottoirs irréguliers, problèmes récurrents de ruissellement après les épisodes pluvieux intenses. Des situations comparables à ce que l’on observe sur des voiries construites sur des sols argileux, où l’eau stagnante aggrave progressivement les désordres structurels sous la surface.

Certains riverains attendaient cette rénovation depuis plus de cinq ans. Les promesses électorales successives ont alimenté une attente qui tourne aujourd’hui à la lassitude. La question du stationnement chaotique lié à l’absence de trottoirs conformes, les ornières qui endommagent les véhicules, et les difficultés d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite restent entières. Avec le gel du projet, aucune de ces situations ne trouvera de réponse à court terme.

L’opposition pointe les responsabilités

Au conseil communal de Morlanwelz, les élus d’opposition — principalement issus des rangs socialistes et écologistes — n’ont pas laissé passer l’occasion. Leur première question a porté sur les frais déjà engagés : études techniques, honoraires de bureau d’auteur de projet, frais de procédure de marché public. Des montants qui, même modestes, représentent de l’argent public dépensé sans résultat visible pour les contribuables morlanwelziens.

L’opposition a aussi interrogé la majorité sur la séquence de décision : pourquoi avoir lancé une procédure d’adjudication sans s’assurer au préalable que le financement régional était sécurisé ? La réponse du collège est restée prudente, évoquant des contraintes calendaires liées aux échéances de subsides wallons. Un argument qui n’a pas convaincu les bancs d’en face, où l’on parle d’un manque de pilotage du dossier en amont.

Des demandes formelles ont été déposées pour que la commune communique un état précis des dépenses engagées et un calendrier réaliste pour la suite du dossier.

La suite : report, refonte ou abandon définitif ?

La majorité communale écarte officiellement l’abandon définitif. Le projet serait revu dans sa conception technique pour mieux intégrer la contrainte égouttage dès le départ, ce qui implique de recommencer une partie des études. Une nouvelle mise en soumission ne pourrait intervenir, dans le meilleur des cas, qu’en 2027 — sous réserve qu’un subside wallon soit obtenu dans la prochaine fenêtre de programmation.

Le calendrier exact reste flou. Aucune date ferme n’a été communiquée officiellement lors des séances de conseil de l’été 2026. La majorité a simplement indiqué que le dossier serait « revu et corrigé » avant toute relance. Une formule qui laisse les riverains dans un entre-deux difficile à gérer concrètement, sans horizon précis pour une voirie qui continue de se dégrader saison après saison.